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Paris Ile-de-France

Innover ! Regards, analyses, questions

 

Réunis devant un parterre riche de plus de 900 confrères, Roger-Pol Droit, Marc Halévy, Nicolas Bouzou, Laure Belot, Philippe Lemoine, Monique Atlan, Jean Saphores, Stephane Raynaud et bien d’autres encore nous ont livré leurs points de vue, leurs questionnements aussi, philosophiques, journalistiques, économiques, scientifiques sur les mutations qui nous attendent.

 

Nous avons repris ici, dans cette première partie, quelques extraits de leurs interventions données dans le cadre de la grande conférence que nous organisons désormais traditionnellement aux Universités d’Eté, chaque première semaine de septembre.

 

Roger-Pol Droit

« Au commencement, il y a des méduses, quelques baleines bleues, des vers de terre, des choses comme ça… Et puis, il y a une espèce de grand singe, qui taille pour la première fois un silex. Et ça, c’est évidemment le début de l’innovation : avoir la capacité de créer quelque chose qui n’est pas dans la nature. Ce n’est pas une création ex nihilo, ce n’est pas Dieu créant le monde. C’est un vivant forgeant quelque chose qui n’était pas antérieurement sous la même forme. Innover, c’est d’abord faire changer de forme, désorganiser, puis réorganiser. Et ce que fait l’humanité, c’est d’abord innover. L’innovation est précisément ce qui définit basiquement, fondamentalement, l’espèce humaine. Les baleines bleues vont s’adapter, éventuellement avec un peu de mal, aux changements climatiques, mais dans une marge de manœuvre qui fait qu’elles reproduisent indéfiniment leur mode de vie. Elles n’innovent pas. Alors si l’on passe du silex à aujourd’hui, que constate-t-on ? Que l’histoire s’est infiniment accélérée, que nous sommes allés de très lents développements (le silex, le javelot… il faut attendre des milliers d’années pour qu’on invente la roue) à l’arrivée d’un véritable tourbillon, un tourbillon tous azimuts qui concerne aussi bien les transports que l’alimentation, la santé, les communications ; nos manières de travailler, évidemment, nos emplois et à une vitesse telle que l’innovation, ça n’est pas par siècle, ni même par génération, mais par semaine ou par jour, et dans tous les domaines, qu’elle se compte désormais. »

 

L’innovation n’attend rien. Ni personne.

 

Laure Belot

« Or, il y a un décalage très fort entre ce qui est en train de se passer en bas de la société et la conscience qu’en ont les élites, littéralement débordées. Lorsqu’en 2012, je démarre mon enquête sur les nouveaux usages liés à l’utilisation du site leboncoin.fr – 17 millions de visiteurs uniques par mois – et que je me rends compte qu’il se passe quelque chose de sociétal majeur, je me tourne vers une vingtaine d’intellectuels, des gens connus, des sociologues, économistes, politiciens, artistes, en leur demandant s’ils peuvent poser leur regard sur ces usages dont la France s’est emparée. Et là, le constat est implacable : aucun d’entre eux ne connaît leboncoin.fr, premier point. Deuxième point, ils sont finalement assez vexés que je les appelle : je suis journaliste au Monde et je les appelle pour commenter leboncoin ! La  plupart de mes enquêtes, ensuite, concernent le financement entre particuliers, les nouvelles façons d’apprendre, d’éduquer, les nouvelles façons de pratiquer la politique, de s’exprimer. Et toutes m’amèneront au même constat : ces responsables économiques, politiques, intellectuels, ces penseurs, même ces syndicats voient une société qui ne les attend pas. Et à côté d’eux, les citoyens, ces do-ers  (faiseurs) comme on les appelle,  avec des ordinateurs, avec des smartphones, que ce soit en France ou en Afrique, où je fais actuellement beaucoup d’enquêtes, sont en train de tester de nouveaux usages, de prendre aussi leur vie en main, d’imaginer de nouvelles manières de transmettre le savoir en dehors de tout passé académique. Prenez Salman Khan, fondateur de la Khan Academy. Au départ, ce trader imagine pour sa nièce qui n’était pas très bonne en maths des petits modules vidéo pour transmettre de façon très simple certaines opérations de base. Ça marche très bien, les parents de la classe les plébiscitent, et demandent leur mise en ligne. Une décennie plus tard, c’est devenu la Khan Academy, www.khan-academy.fr, ça existe dans 23 pays, les vidéos sont traduites dans 65 langues. Les ONG des pays émergents s’en sont emparées. Moins “émergent”, le gouvernement américain teste en ce moment même la validité de cet enseignement pour les mathématiques. Comment le monde universitaire réagit-il par rapport à cela ? Il y a quelqu’un d’extrêmement brillant qui s’appelle Sébastien Tron et qui, il y a quelques années, a voulu tester l’apport de l’enseignement sur ces plateformes. Il se fait que Sébastien Tron était à l’époque professeur d’intelligence artificielle à Stanford. Il a  lancé une plateforme qui s’appelle Udacity. Il a mis son cours en ligne, un cours très brillant qui s’appelait cs373. Son cours a été suivi par 160 000 étudiants de 190 pays. Parmi les 400 personnes les plus brillantes de ce cours, aucune ne venait de Stanford. »

 

Intelligence artificielle ?

 

Marc Halévy

« L’intelligence artificielle est un mensonge. Qu’est-ce qu’un ordinateur ? Un ordinateur est une machine, une mécanique, capable de faire une seule chose : ajouter des 0 et des 1 selon un programme écrit par un programmeur humain. Et qu’est-ce que l’intelligence ? L’intelligence est la capacité organique à générer des associations analogiques, en général, qui tiennent compte de la raison bien sûr mais aussi de l’intuition et de l’émotion. Qu’est-ce que l’intelligence artificielle, l’intelligence des ordinateurs ? Un mensonge. Il n’y a pas d’intelligence artificielle. Il y a des programmeurs qui programment et qui injectent des programmes dans un ordinateur qui simule certaines fonctions de l’intelligence humaine, et rien d’autre. Un ordinateur est et restera définitivement inintelligent. Bien sûr, un ordinateur va être tout à fait capable d’écrire des poèmes de qualité, à ceci près que l’ordinateur en question ne sait pas ce qu’il produit, est incapable de donner un sens au poème qu’il aura écrit et de ressentir la moindre émotion issue de ces mots. Donc, ne nous trompons pas, il y a des systèmes experts de plus en plus sophistiqués, c’est indéniable, mais l’intelligence artificielle est un mythe, ça n’existe pas. Pour une raison fondamentale, extrêmement simple : c’est que l’intelligence est une fonction de haute complexité qui relève de l’organicité alors que l’ordinateur restera définitivement une machine mécanique au niveau zéro de la complexité mais au niveau infini de la complication. 

En revanche, ce qui existe, et arrive à petits pas, c’est cette nouvelle génération de robots qui, dans les  20 ans qui viennent, assumera 40 % des emplois aujourd’hui assumés par des êtres humains. C’est précisément là qu’il va falloir regarder avec beaucoup d’attention ce qui se passe. Plutôt en Europe, en Asie que dans la Silicon Valley d’ailleurs.  Parce que cette vague déferlante de l’innovation en matière robotique va transformer, mais radicalement, la structure de l’emploi en Europe et là il y a énormément de choses à penser, à réfléchir, à préparer.

Parce que la technologie, comme on le sait depuis Esope, est la meilleure et la pire des choses. »

 

Du bon usage de la responsabilité.

 

Nicolas Bouzou

« Je crois que nous avons aujourd’hui la possibilité, assez unique dans l’Histoire au fond, de construire un monde qui soit un monde prospère, qui soit un monde plus libre et qui soit un monde où l’on sera plus heureux ; le seul problème c’est que je ne suis pas sûr qu’on le souhaite vraiment.

Je m’explique. Nous sommes au démarrage de l’un des cycles économiques les plus fantastiques de toute l’histoire de l’Humanité qui, à mon sens, n’a que deux précédents : la Renaissance, et la première révolution industrielle. Ces précédents impliquent des changements dont les conséquences ne sont pas seulement économiques mais sont aussi dans l’ordre social et même dans les façons de penser. Stefan Zweig, dans sa merveilleuse biographie d’Erasme, explique bien que la Renaissance a bouleversé jusqu’à « l’âme des hommes ».

On ne fera donc pas l’économie de la philosophie dans cette période de mutation extrêmement forte, et assez paradoxale car si l’on veut entrer dans cette modernité, il faut tout à la fois accepter un changement colossal dans le domaine de l’économie, dans le domaine de l’Etat-providence, dans le domaine des règles sociales et en même temps, il faut accepter d’être conservateur sur les valeurs. De solidarité notamment. » 

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