NOVEMBRE 2019

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L’expert-comptable, chef d’orchestre au cœur des flux

Les relations humaines, victimes de la transition numérique ? Bien au contraire, ont souligné les intervenants de la plénière d’ouverture : c’est en donnant toute sa place à l’humain dans les cabinets que la profession relèvera avec succès les défis qui lui font face. Une stratégie gagnante qui place l’expert-comptable en véritable chef d’orchestre, chargé d’harmoniser liens physiques et flux digitaux.

Quels sont les points communs entre un cabinet… et un orchestre ? Entre une équipe de collaborateurs et un ensemble de musiciens ? De même, un expert-comptable et un chef d’orchestre ne font-ils pas appel à des compétences similaires dans la pratique de leur métier ? La comparaison entre les professionnels du chiffre et ceux de la musique a tenu lieu de fil rouge à la plénière d’ouverture du 74e Congrès de l’Ordre des experts-comptables. Elle a permis de souligner la place indispensable des interactions humaines au cœur des cabinets comme des ensembles instrumentaux.

 

Une place de l’humain dont l’importance a été maintes fois rappelée lors de cette plénière. Manière d’assurer que si la multiplication des flux transforme le métier, c’est bien l’expert-comptable qui joue le rôle principal au cœur de ces échanges. Chef d’orchestre, en somme, d’une mutation qui l’amène tout à la fois à adapter son cabinet à la transformation numérique, à entraîner ses collaborateurs dans les mutations en cours mais aussi à accompagner ses clients, eux aussi confrontés à de nouveaux défis. Entre liens physiques et flux digitaux, c’est ainsi une subtile partition que la profession doit désormais jouer.

 

 

Face aux nombreux challenges qui lui font face, elle affiche son dynamisme : elle entend être en mouvement, cherchant à s’adapter à une nouvelle réalité économique et technologique. Lieu de partage d’expériences et d’expertises, le congrès de l’Ordre apparaît, dans ce contexte, comme un rendez-vous des plus stratégiques. C’est probablement l’une des raisons de l’affluence enregistrée pour cette édition parisienne, avec 6 859 participants. Un record ! « Si vous êtes présents en si grand nombre, c’est sans nul doute parce que vous vous posez aujourd’hui des questions », a d’ailleurs souligné le président du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, Charles-René Tandé.

 

Et de poursuivre : « J’entends les inquiétudes, légitimes, qui s’expriment, face à la vitesse des changements -technologiques, des évolutions réglementaires, les interrogations sur l’avenir. Mais ce congrès peut être l’occasion pour vous de découvrir tout ce qu’il est possible de faire dès aujourd’hui, et a fortiori demain. La technologie est un formidable accélérateur et, si on la conjugue avec les nombreuses compétences que nous pouvons développer, nous avons alors un formidable champ d’expansion de nos activités. Nous pouvons porter de grands espoirs dans notre profession. »

 

Des « espoirs » que les rapporteurs du congrès ont également formulés. Avec dynamisme, Sanaa Moussaïd, Fabrice Heuvrard et Dominique Périer ont affiché leur optimisme face aux défis que doivent relever les cabinets. « Ce n’est pas la première mutation que la profession affronte, a rappelé Fabrice Heuvrard. Les experts-comptables faisaient autrefois la comptabilité à la main, puis la mécanographie est arrivée, suivie de la micro-informatique puis d’internet ». Une façon de souligner que les cabinets avaient su, à chaque saut technologique, s’adapter à leur nouvel environnement.

 

L’humain, « élément essentiel dans la transition numérique »

Les rapporteurs ont estimé dans le même temps que la multiplication des flux pouvait être une véritable opportunité de développement. « Le déploiement de la facture électronique sera par exemple l’occasion d’accompagner nos clients et de proposer de nouvelles missions », a poursuivi Fabrice Heuvrard. Avec le développement des échanges numériques, les experts-comptables disposeront d’un nombre croissant de données qu’ils pourront exploiter, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives. C’est d’ailleurs en ce sens que l’Ordre a réalisé un partenariat avec l’Ecole centrale de Lyon pour travailler, durant un an, sur le thème de l’exploitation des data (données des clients, open data…). Il permettra de mettre sur pied des « applications utiles pour les clients » et de rendre ces data « accessibles à tous les confrères, ce qui ouvrira de nombreuses opportunités », a expliqué Sanaa Moussaïd.

 

 

Et c’est donc l’humain, « élément essentiel dans cette transition », selon Dominique Périer, qui jouera un rôle clé dans la réussite de ces mutations. D’où l’importance, pour les cabinets, de trouver un juste équilibre entre déploiement numérique et préservation du contact humain. « Il faut bien sûr utiliser nos outils, a-t-il poursuivi, mais il convient dans le même temps d’être prudents : nous avons parfois eu tendance à placer nos collaborateurs devant trop d’écrans, d’ordinateurs, de messageries… Cela a pu les éloigner de nos clients. Il faut, au contraire, que l’intelligence artificielle nous aide à nous dégager des tâches chronophages et répétitives afin que l’on puisse trouver du temps et revenir dans la relation avec le client et donc dans l’émotion ».

 

Une priorité confirmée par Sanaa Moussaïd : « Nous avons trop tendance à réduire la transition numérique aux questions technologiques alors qu’elle fait appel à d’autres disciplines comme le management. (…) Quelle que soit la stratégie déployée par les cabinets, c’est la dimension relationnelle qui fera la différence. Je suis convaincue de l’importance de l’humain dans la relation client et au sein des cabinets ». Et d’évoquer le nombre croissant d’experts-comptables formant leurs collaborateurs aux softskills (voir p. 18), ces compétences dites “douces” comme la confiance en soi, la communication ou la capacité d’adaptation.

 

Cabinet et orchestre au diapason

Essentielles, les relations humaines au cœur du cabinet (et avec les clients) doivent donc être stimulées par l’expert-comptable. à la baguette, il lui appartient de donner vie à la partition collective. à la manière d’un chef d’orchestre, en somme. Il revenait donc logiquement à l’un d’eux, Philippe Fournier, directeur musical de l’orchestre symphonique Confluences de Lyon, de faire passer le message en musique.

 

 

Violon, flûte traversière, hautbois... Tous les instruments de l’ensemble musical se sont alors lancés dans l’interprétation du Canon de Pachelbel, démontrant toute la richesse du collectif. « Rien ne se fait tout seul dans l’histoire des hommes, a-t-il expliqué. Tout est lié à des rencontres, de la complémentarité, des assemblages... Une note plus une note s’ajoutent pour créer cette harmonie indispensable dans la collectivité, le groupe, mais aussi l’entreprise ».

L’interprétation de la Marche des rois de Bizet a été ensuite l’occasion pour le chef d’orchestre de démontrer toute la « richesse de la diversité ». Un collectif à l’unisson, jouant la même partition, manquera de relief. A contrario, une équipe qui devient une addition de talents variés et singuliers, effectuant des tâches différentes mais complémentaires, se démarquera bien davantage.

 

Poursuivant l’analogie entre cabinet et orchestre, il a ensuite rappelé que ce collectif devait par ailleurs accepter de se placer parfois au service d’autrui. Lorsqu’une soliste se joint à l’orchestre, les musiciens, guidés par le chef d’orchestre, doivent s’adapter, modifier leur manière de jouer pour être en connexion avec elle. « Savoir se remettre en cause est fondamental », assure Philippe Fournier. Cela, tant pour « être en harmonie » avec une soliste… qu’avec un client.

 

Enfin, le chef d’orchestre a permis aux congressistes de toucher du doigt toute l’importance du ressenti pour accomplir de nouvelles missions. Conviant une congressiste sur scène, il l’a accompagnée pour qu’elle livre une belle prestation au piano, instrument dont elle n’avait pourtant jamais joué. « Elle n’a pas la grammaire, ni la technique, mais elle a une sensibilité », a-t-il expliqué. Et de poursuivre, confirmant l’enjeu pour la profession de développer des compétences relationnelles et émotionnelles : « Le ressenti, c’est ce qui fait notre différence avec les machines. Nous pouvons faire énormément de choses avec notre savoir-être. Et c’est précisément ce qu’on vous demande de faire aujourd’hui : changer et vous adapter. »

« Les machines ne vous remplaceront pas »

Docteur en bio-informatique et spécialiste de l’intelligence artificielle, Rand Hindi a délivré un message plein -d’optimisme lors de la plénière d’ouverture. En partant d’un postulat de départ : l’intelligence artificielle permet à une machine de « reproduire un comportement humain ». Mais l’intelligence humaine dispose, elle, d’un autre atout, fondamental : « elle n’implique pas seulement de la logique et de la rationalité : il est aussi question d’émotion. » En conséquence, « les humains sont les seuls capables -d’effectuer des tâches émotionnelles ».

Le monde du travail de demain sera, à ses yeux, caractérisé par une collaboration accrue entre hommes et machines. De quoi placer notre société face à un défi considérable : « Former 50 % de la population active à utiliser ces technologies d’intelligence artificielle pour combiner la puissance émotionnelle de l’humain avec la capacité d’exécution logique de la machine », explique Rand Hindi.

Loin d’être une menace, l’intelligence artificielle est donc, pour lui, une opportunité : « Elle permettra de confier les tâches qu’on ne veut pas accomplir à des machines pour se concentrer sur celles qui nous épanouissent », et qui font appel à des qualités spécifiquement humaines. Une projection qui, selon Rand Hindi, vaut pleinement pour le secteur de l’expertise comptable : « Quand bien même les machines vous assisteraient dans votre travail au jour le jour, je ne vois aucune possibilité où elles vous remplaceraient totalement ».
Pour aller plus loinRetrouvez les plénières sur congres.experts-comptables.com

 

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